[#L’Irak accueille le 29 mars prochain le sommet annuel de la Ligue arabe, dans un contexte sécuritaire notablement dégradé depuis le départ des troupes américaines du pays en décembre dernier, et alors que les pays arabes apparaissent divisés sur la stratégie à adopter pour résoudre le conflit syrien.Annulé l’année dernière en raison des Révolutions arabes, le sommet annuel de la Ligue arabe se tiendra à Bagdad le 29 mars prochain.#]
[#Particulièrement symbolique pour le pays, ce sommet est en effet le 1er organisé par l’Irak depuis mars 1990 – 5 mois avant l’invasion du Koweït par Saddam Hussein –, sa marginalisation provoquée par la guerre du Golfe (1990-1991) et les sanctions internationales, puis l’occupation du pays par les troupes américaines (2003-2011) ayant rendu impossible la tenue des sommets de l’organisation panarabe.
Les 22 membres de la Ligue arabe, à l’exception de la Syrie, suspendue depuis novembre, sont attendus du 27 au 29 mars, bien que 6 chefs d’Etat aient prévenu qu’ils attendraient le dernier jour pour arriver à Bagdad, afin de limiter leur temps d’exposition aux éventuelles violences. La réunion des ministres de l’Economie se déroulera le 27 mars, celle des ministres des Affaires étrangères le 28, et le sommet des chefs d’Etat le 29.
Alors que le pays doit faire face à un regain de violences émanant d’Al-Qaïda (qui a revendiqué les attentats coordonnés ayant frappé 18 localités irakiennes mardi dernier, faisant 49 morts et plus de 200 blessés) et des groupes qui lui sont affiliés, les autorités, qui s’attendent à de nouvelles attaques visant à perturber le sommet, ont mis en place un dispositif sécuritaire renforcé pour assurer la sécurité du millier de journalistes et de membres des délégations attendus, ainsi que celle du Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon. Une semaine de congés a été imposée aux habitants de Bagdad, incités à rester chez eux durant la tenue du sommet, tandis qu’un couvre-feu a été instauré dans plusieurs quartiers de la capitale. Les offices gouvernementaux seront fermés, et les axes routiers situés à proximité de la zone verte bloqués. Enfin, des effectifs de forces de sécurité sans précédent ont été réquisitionnés, puisque près de 26 000 policiers et soldats, dont plus de 4 000 venus du sud et du nord du pays, vont être déployés dans la capitale.
La crise syrienne devrait monopoliser les débats, alors que plus de 9 000 civils auraient été tués depuis le début des violences en mars 2011, et que les pays arabes apparaissent divisés sur les mesures à adopter pour mettre fin aux affrontements. L’Egypte s’est en effet opposée à tout armement des dissidents syriens, pointant le risque de la transformation des violences en guerre civile, tandis que le Qatar et le Koweït se sont prononcés en faveur d’un soutien logistique, et que l’Arabie Saoudite aurait déjà commencé à livrer du matériel militaire, via la Jordanie, à l’Armée Syrienne Libre (ASL). En outre, bien que sa position apparaisse isolée parmi les pays arabe, le Liban plaide depuis plusieurs semaines pour la réintégration de la Syrie au sein de la Ligue arabe.
Pour les autorités irakiennes, la bonne tenue du sommet apparaît primordiale dans l’objectif de rétablir une image positive du pays dans la région. Néanmoins, la recrudescence des attaques (150 civils tués en février), visant principalement la communauté chiite du pays (Al-Qaïda a multiplié les appels à tuer les croyants chiites), et la crise politique provoquée par les rivalités entre partis chiites et sunnites, qui menace de se réactiver, demeurent des sources d’inquiétude pour Bagdad. Bien que les députés et ministres du bloc sunnite Iraqiya aient repris leurs postes en janvier dernier, après 8 semaines de boycott, le Premier ministre chiite Nouri Al-Maliki continue d’être accusé de dérive autoritaire. Après les partis sunnites, les représentants des partis kurdes, qui comptent 5 portefeuilles au gouvernement, ont également critiqué l’action d’Al-Maliki. Le Président du Kurdistan irakien, où est actuellement réfugié le vice-Président sunnite Tarek al-Hachémi, visé par un mandat d’arrêt, a ainsi déclaré mardi dernier que le gouvernement d’unité nationale avait « perdu toute signification ». La menace d’un éclatement de ce dernier s’intensifie, et pourrait fragiliser l’architecture confessionnelle des institutions irakiennes, avec le risque sous-jacent d’une réactivation des affrontements communautaires.
Bien que la probabilité d’un report du sommet demeure faible, malgré la menace de nouveaux attentats, l’Irak s’apprête ainsi à accueillir les plus hauts responsables politiques de la région dans un contexte domestique particulièrement tendu. Ce sommet constitue une étape importante dans la gestion régionale du conflit syrien, de nombreux observateurs fondant l’espoir que les responsables arabes parviennent à trouver un plan de sortie de crise, démontrant par là leur capacité à résoudre d’eux-mêmes les problématiques impactant la stabilité régionale.#]
Source : Geos




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